Une autre dimension

J’avais fait l’impensable, utilisé le mot interdit lors de mon ultime (et vaine) tentative. Oui c’était de la discrimination et je n’avais pas peur de l’écrire : noir sur blanc, sur papier ou support digital !

Au lieu de m’apporter leur aide, les organismes se renvoyaient sans cesse la pareille. Prêt à sauter sur le premier contrat à leur portée mais aussi à m’envoyer sur la paille dès que j’évoquais le handicap et les contraintes associées : trop de choses à gérer et à mettre en place et pas assez de fric à se faire. Il faut faire du chiffre et ne pas s’attarder sur les « cas particuliers » qui font perdre du temps.

Pire, la RH, « choquée » par ce mot employé dans mon message écrit avait fini par leur donner raison, s’excusant même au passage de mes prétendues accusations pourtant totalement fondées… Je pensais pourtant qu’elle était là pour protéger les salariés. J’aurais plutôt du devenir syndicaliste !

J’ai l’impression d’être dans une autre dimension. Seul au monde, à la dérive, telle une bouteille à la mer qu’on refuse de ramasser…

Partie de chasse

C’était un début d’après-midi tranquille. J’étais même étonné (et heureux) de constater que je me promenais au milieu des bois sans aucune pollution sonore extérieure. Au bout d’une heure, je me retrouve vers un des chemins habituels mais quelque chose attire mon regard.

Deux voitures sont garées au milieu de nul part. Naïf, je me dis que ce sont des marcheurs qui ont laissé leur véhicule. Je continue ma route puis 50 mètres plus loin, j’aperçois à nouveau deux 4×4. Surpris je me rapproche pour voir le contenu d’un des véhicules et un papier mis en évidence sur le tableau de bord attise ma curiosité : « autorisation préfectorale de stationner sur des routes forestières pour la pratique de la chasse à l’affut pour M. Denis… ».

Je découvre alors une nouvelle loi au combien inutile tellement le « papier » est facilement falsifiable (pas de plaque d’immatriculation, juste un nom, sans signature du préfet ou alors elle n’était pas visible). On distribue des autorisations pour les chasseurs mais les macarons de stationnement handicapés, qui sont vitaux pour nous en ville, nous sont systématiquement refusés, quelle logique implacable !

Une montée d’adrénaline commence à se faire sentir. Je tends l’oreille, j’entends vaguement des bruits lointains. Puis je rebrousse chemin, le plus vite possible, avant qu’un coup de fusil ne parte et ne vienne achever mes pauvres oreilles…je me sens comme un bête traquée. Dommage que je n’ai pas ma « gopro » sur moi pour faire une vidéo de cette course.

Je coupe alors par d’anciens chemins forestiers en évitant de m’arracher les jambes ou de tomber. Je continue pendant 20 bonnes minutes dans la direction opposée pour éviter le pire. Je suis sauvé.

En hiver, sortez couvert et évitez de croiser les chasseurs…

ICI : Klaxon interdit !

A chaque fois que je traverse ce village avec mon véhicule, je ne me peux que me réjouir face à la décision de la municipalité de mettre des panneaux « interdit de klaxonner » à l’entrée de la commune.

Le maire ou un de ses élus connaissaient-ils l’hyperacousie ou était-ce un bref rappel de la loi ? Plus simplement, il ne pouvait plus supporter de subir cette nuisance sonore à répétition dans son fief.

Je ne reste jamais longtemps mais je demande si cette mesure a suffit à apaiser les cinglés du klaxon…

Un jour tout redeviendra possible

Une année d’efforts, de préparation physique et mentale, 10 kilos perdus, surement trop peu de mots pour décrire ce que cela peut représenter.

Prendre tous les paramètres en compte (ou du moins un maximum) pour éviter une rechute le jour J. Venir à la dernière minute, où se garer,  éviter au maximum les bruits traumatisants…mais il est toujours impossible de tout prévoir « dehors ». J’ai du me conditionner, pendant des mois, faire un entrainement auditif progressif sur les passages « critiques », en plus de l’utilisation indispensable de protections auditives.

Je me rapproche de la ligne de départ tout en restant à l’écart et soudain, comme dernier un signe pour approuver ce défi, le micro des organisateurs tombe en panne. Le générateur est hors service ! Je sens mon cardio redescendre, un sentiment étrange m’envahis alors, mélange de joie et d’appréhension. Les consignes sont données, je n’entends rien, je porte mes bouchons en plus de mon casque peltor. Peu importe, vite que le départ soit lancé.

Et c’est parti pour 3h15 de combat ! De la montée, de la descente, de la boue, deux chutes… Je suis resté débout et j’ai relevé mon défi malgré les conditions difficiles, le handicap, la douleur. J’ai du garder mes protections pendant toutes la course mais peu importe l’essentiel est là : j’ai relevé mon défi.

Je dédie cette victoire à ma conjointe, ma famille, mes proches dans l’espoir qu’un jour tout redeviendra possible.

Le tiroir

L’épisode revenait de façon plus ou moins périodique. Il fallait rouvrir le tiroir. Il était un peu devenu pour moi une sorte de monstre, similaire à celui du sous sol de la maison tant redouté parle petit Kevin dans « maman, j’ai raté l’avion ».

C’était comme si il me parlait « ne m’ouvre pas, ne m’ouvre pas ». Tant de paperasse accumulée : analyses, examens auditifs, certificats médicaux, arrêts maladie, lettres et accusés de réception…le résultat d’années de combat acharné avec la sécurité sociale et le corps médical.

Un jour il me fallait une photocopie de ma reconnaissance de handicap, un autre une lettre ou un certificat médical d’un neurologue pour résumer la situation (comprenez ceci comme un résumé de ma vie à l’heure actuelle). Peu importe, le tiroir renvoyait toujours au passé, à la souffrance, au handicap et tant de choses que j’aurais préféré ne pas vivre ou tout simplement oublier…

Le paysan farouche

« Sortez de mon champ, c’est une propriété privée », on entendait sa voix criarde à des dizaines de mètres. Elle perçait déjà mes tympans de cette distance.

J’étais avec mon père en ballade, on ne faisait que passer… L’homme arriva en courant, je tentais tant bien que mal de m’éloigner le plus loin possible pour éviter de mettre mes bouchons. Je n’écoutais même plus ce qu’il disait, sa voix de « castafiore » rendant ses hurlements encore plus pénibles.

Mon père tentait de le raisonner, pour parler calmement, en vain. C’était son lopin de terre, sa propriété nous devions partir immédiatement et il était nécessaire de crier ou plutôt de hurler pour le faire comprendre.

Je regrette de ne pas avoir appelé l’équipe de l’amour est dans le pré pour leur faire découvrir le visage de cet agriculteur aigri, visiblement en manque d’affection…

J’ai tout essayé

J’ai tout essayé… non il n’y avait pas de reconnaissance morale ou financière cette année comme depuis bien trop longtemps. Le « système » est en place, tu te casses ou tu l’acceptes. Bureaucratie de merde !

J’étais un fantôme, une « tare » pourtant bien utile pour effectuer la sale besogne. Même au prix d’efforts insurmontables, rien n’avait de valeur à leurs yeux. Les moments de « convivialité » et de pots entre collègues toujours source de calvaire semblaient se transformer en une sorte de vengeance rageuse semaines après semaines.

Quelques mois auparavant, les gens essayaient encore de faire attention aux rires aux éclats, aux cris, aux portes que l’on claque… mais aujourd’hui ce temps est révolu.

Apparait, une dernière lueur d’espoir. Après un bref échange de regards je lu de l’empathie sur un visage. La souffrance était donc bien visible mais pas aux yeux de tous… Tout cela n’était donc pas le fruit d’un simulacre pour bénéficier d’une reconnaissance de travailleur handicapé ?

Soudain l’alarme incendie se déclenche… encore une sale journée que je vais, hélas, payer très cher de ma personne.

L’automne

Rangez vos tailles haies.
Leurs lames ne sont plus affutées.

Fini les cris d’enfants.
Venants du parc avoisinant.

Plus besoin de karcher.
La pluie va maintenant y faire.

Moins de chaleur.
Je sens déjà la baisse de me douleurs.

Au revoir les grillons.
Rendez-vous à la prochaine saison.

 

 

 

Drum’s et compagnie

Il y a des années, je choisis de jouer des rythmes endiablés.
Jeune et con, je choisis un instrument à percussion.
De mes progrès déçu, je ne fut pas un élève assidu.
Aujourd’hui, mes cellules ciliées m’en remercient.
Le son, c’est comme le SIDA, être protégé tu devras.

« Maître Yoda, Chef d’orchestre »

Inverser la tendance

Encore une séance chez mon médecin traitant. Heureusement il est plutôt sympa ce petit bonhomme trapu et bien en chair.

Il faut dire que je devrais être membre d’un programme VIP depuis le temps que je viens pour mes renouvellements d’ordonnances : « au bout de 10 consultations la 11ème est offerte », ça sonne plutôt bien !

Il est temps des examens de contrôle habituels. J’ai fini par prendre peur de la balance qui depuis 18 mois indique un chiffre qui grossit à vu d’œil, à raison d’un kilo par mois… Merci au neurontin (dont la molécule est la gabapentine) qui, s’il fut un temps m’a bien aidé, me donne aujourd’hui du gras dans l’aile.

J’ai pourtant tout changé : régime alimentaire, plus de sport… une hygiène de vie digne des plus grands sportifs. Le verdict tombe une nouvelle fois, « vous avez perdu 2 kilos ». Incroyable nouvelle ! Il aura fallu attendre des mois d’efforts, un combat permanent mais l’essentiel est là : inverser la tendance (et surtout ne jamais relâcher ses efforts).