Le retour de bâton

Depuis des mois, j’étais devenu une des cibles. A chaque fois, des propos « malheureux » étaient tenus : « tu profites de la situation », « tu retournes la situation toujours en avantage »… Il est vrai que vue la mentalité égoïste de la société actuelle, toute personne en situation de handicap est fortement avantagée ! Et ce y compris sur le plan professionnel.

Une montagne de mauvaise fois et de mensonges. Des donneurs de leçons qui n’étaient même pas capable d’appliquer à eux même leur prétendues valeurs. J’étais l’handicapé de l’équipe, cela ne leur plaisait pas et ils le faisaient savoir à leur façon, toujours prêts à se défiler au moindre risque.

Sauf qu’à force de mentir, les preuves commençaient à s’accumuler et il était temps de leur renvoyer la pareille. Ils n’avaient toujours pas compris que, aussi handicapé que je puisse l’être, je ne me laisserais jamais être humilié, harcelé, discriminé.

Les abrutis du klaxon

Cette fois je les avaient surpris sur le vif ! Cela fait des semaines que des abrutis jouaient du klaxou entre 23h et 1h du matin plusieurs fois par semaine, me réveillant parfois en pleine nuit.

Coup de chance si l’on puits dire… ce soir là je n’étais pas encore couché et en habits de circonstance. Ni une, ni deux je sortis de chez moi pour aller voir les cinglés de la fanfare…

– « C’est vous qui klaxonnez ? » dis-je en m’approchant des véhicules. Des jeunes, la vingtaine, filles et garçons trainaient devant une des maison du quartier.

– « Oui, c’est pour dire au-revoir à ma grand mère » me repondi l’un vaguement l’air surpris, « C’est juste deux coups de klaxon… » avec son air ahurit. Je me retient alors de lui mettre deux coups de points en pleine tête…

Je lui montre alors ma montre et lui répond – « Vu avez vu l’heure, on est en semaine, des gens travaillent ici, c’est un quartier calme »

– « Ouais c’est ça » me répondit  toujours le même en s’éloignant. Les autres contemplaient la scène avec des regards hagards (surement défoncés à l’alcool et prêt à sortir en soirée étudiante le jeudi soir).

Je continua de les regarder avec insistance jusqu’à leur départ, prenant la route pour aller se défoncer les oreilles dans une boîte en centre ville.

Le piège des toilettes

A chaque fois, c’était la même histoire… une seconde d’inattention et c’était le drame.

L’abattant des wc retombait violemment pour me vriller les oreilles. Les bons jours en une fois, les mauvais avec un double choc acoustique (et quand j’avais encore plus de chance de bon matin). J’avais envie de hurler « putain de cabinet de toilette » mais je ne pouvais même pas.

J’avais beau me répéter que tout allait bien, je souffrais le martyr au minimum pendant une bonne heure à chaque fois (douleurs, augmentations ou variations de mes acouphènes…).

Des années que ça durait et les ORLs continuaient de nous rabâcher leurs éternelles conneries sur l’habituation…

Sidaction, la surmédiatisation

Attention : certains passage de cet article peuvent choquer le jeune public

Comme chaque année, il est l’heure de nos rabâcher les oreilles avec le sidaction. Victime de son succès ? Non… pourtant « seul » 150 000 personnes sont séropositives en France.

Je ne dis pas que les personnes qui portent le VIH vivent bien, je ne ferai pas de comparaison. Mais il est facile de voir ou de comprendre (lorsque l’on connait une personne sourde ou hyperacousique sévère) qu’être séropositif est bien moins handicapant !

J’ai moi même côtoyè des personnes séropositives dans ma vie antérieure et je peux vous dire qu’elle vivent bien mieux qu’un hyperacousique sévère et surtout elles sont soutenues par des discours empathiques (il ne faut pas stigmatiser, avoir peur des séropos…). Et surtout il faut soutenir la recherche ! Évidemment, les troubles ORLs sont d’ordres psychologiques, il suffit de s’habituer et tout ira bien alors que le pauvre VIH il est bien connu c’est un virus, il faut trouver un vaccin.

Quand on voit que les acouphènes et l’hyperacousie ne sont même pas reconnu ou presque en tant que handicap il y a vraiment de quoi se poser des questions sur les priorités dans ce pays et l’action des pouvoirs publics. Il suffit de regarder les chiffres des personnes qui, en France, souffrent de troubles auditifs pour s’en rendre compte et faire la comparaison. CQFD

Une rencontre inattendue

Il y a quelques semaines, j’ai perdu mes bouchons moulés. Ça fait cher l’affaire mais bon impossible de sortir sans prévoir une protection tant il m’est arrivé de rencontres improbables (même en forêt ou dans les coins les plus reculés de la région).

Aux états-unis on sort avec ses armes. Notre arsenal est constitué des bouchons de toute sortes (mousses, moulés…). Après avoir demandé à mes parents d’appeler tout les audioprothésistes de la ville, un seul a proposé de se déplacer à domicile.

Un seul c’est mieux que rien me direz vous et cela évite surtout de se reprendre un traumatisme sonore en plein centre ville inutilement.

14h, l’homme est au rendez-vous devant ma porte, grand et fin et plutôt habillé « chic ». C’est sans compté sur les apparences. En effet, après une discussion sur le comment du pourquoi de ma situation et en creusant sur les sujets en profondeur, je me rends compte qu’avec son bac+2, il en connait bien plus que tout les médecins que j’ai rencontré…

Enfin, quelqu’un de sensé, sans langue de bois qui s’intéressait au sujet en profondeur. Pourquoi ne pas proposer des audiogrammes complets sur toutes les fréquences audibles (l’appareil existe, fabriqué par un Français mais aucun fabriquant ne veut le commercialiser) ? La TRT avec générateur de bruit blanc est un sujet équivoque, aucune étude sur le sujet n’a jamais été réalisée. Bruit blanc, bruit rose… c’est un peu pipot tout cela, parce qu’on a pas trouvé mieux pour le moment…ces mots sortaient de sa propre bouche mais j’aurais pu dire exactement la même chose après des années de recherche, de tests, de recherche de solutions sur les forums et internet.

Il le disait lui même, en tant qu’audioprothésiste que tout ces sujets n’avançaient pas (ou très peu) depuis 25 ans. Un jour, nous serons pris au sérieux, on voyagera de nouveau, on fera le tour du monde et finalement on revivra normalement.

 

La petite maison dans la prairie

Chaque semaine, je regardais cette petite maison, un drapeau de notre région flottant fièrement au dessus de la porte d’entrée. C’était une battisse du début des années 1950, surement construite à l’époque autour d’une prairie et devant une petite départementale avec un cadre boisé agréable.

Les années ont passés puis la petite route s’est transformée en autoroute puis en une deux fois trois voix, la plus empruntée de la région. Je n’ose imaginer la nuisance sonore, les murs qui tremblent quand un camion passe… avec une habitation à 5 mètre à peine de la bande d’arrêt d’urgence et sans mur anti-bruit. Un suicide auditif.

J’espère sincèrement que ses habitants sont vieux et sourds…

Plaisir simple

J’étais seul, il était tard ce soir là. Je voyais la neige tomber et le balai incessant des saleuses avec leurs gyrophares depuis ma fenêtre.

Puis me vint une idée, pourquoi ne pas profiter d’un plaisir simple ? Simple comme une sensation de glisse sur de la neige fraiche. Je pris ma frontale et ma vieille luge pour me rendre à quelques kilomètres sur les lieux.

Un peu de neige, une vieille luge… de quoi faire quelques descentes et se remémorer de vieux souvenirs quand on était gamins. Le calme de la glisse ou presque, il me manquait juste le flambeau !

Demain, je savais que ça serait une autre histoire : des enfants viendraient jouer, crier et envahir les lieux à leur tour, les traces de ce petit plaisir surement déjà effacées…

Un matin, le 31…

Je m’apprête à partir en centre ville. Il est 7h30,  il fait -8°. Un épais brouillard enveloppe la ville.

Ce n’est pas Noël mais presque. Je suis en voiture en centre ville et je retrouve du « plaisir » à conduire. Pas de voitures, pas de piétons, de bus et encore moins de klaxons ! Si seulement c’était toujours comme ça… j’aurais espoir de revenir en ville à pied, un jour.

Ce soir, je passerai une année de plus comme elle a commencée. Seul, en me cachant chez moi comme dans un bunker pour préparer la fin du monde (surtout avant les douze coups de minuit). Je regrette l’époque (que je n’ai pas connu) où les gens passaient le 31 à l’église.

15h avant le nouvel an : le compte à rebours a sonné aux quatre coins du globe ! Au revoir le calme et la tranquillité, bonjour les cris, la musique et les pétards !

MDPH : et ça repart !

Nouvel épisode dans la série « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué » ! L’heure est venu de renouveler ma RQTH. Conseil du jour : préparez vous 6 mois à l’avance…compte tenu du nombre de dossiers en attente !

Et le mieux, c’est qu’il faut repartir d’un dossier « vierge ». Non vous ne rêvez pas. Vous vous souvenez des dizaines de pages que vous aviez rempli il y a deux ans ? Et bien pour un renouvellement il est nécessaire de tout refaire en partant de zéro. C’est la procédure il parait ! Je me demande franchement pourquoi on appelle cela un renouvellement…

Tout compte fait, je commence à comprendre pourquoi il y a autant d’attente dans le traitement des dossiers. Et je pense que je ne suis pas arrivé au bout des surprises réservées par l’administration…

Courage ! En persévérant, on arrive à tout (ou presque).

L’heure du bilan

La fin d’année approche, un an de plus s’est écoulé avec le handicap. Il est temps de faire le bilan, calmement, en se remémorant chaque instant.
Cette année encore, je n’ai pas fait de rencontre avec un médecin capable de me proposer des explications sur mes symptômes.
N’imaginez pas non plus une forme de thérapie (sans parler de guérison) capable de m’aider à mieux vivre le quotidien.

J’ai donc, peu à peu, trouvé ma propre thérapie. Le chemin est long mais j’ai réalisé des choses insoupçonnées.
Bien sure, il faut, à chaque fois, essayer de calculer et limiter les éventuelles répercutions auditives du mieux possible. Des fois ça marche, des fois ça craint…et rien ne se passe comme prévu.
Fractionner les efforts, augmenter la cadence… petit à petit pour progresser et vivre le moins mal possible.
« Patience and persistance pays off » comme diraient les Anglais. Tout est résumé dans cette simple phrase finalement.

Je n’en dirais pas autant sur le plan professionnel mais comme disent les cons : « à notre époque un travail vaut de l’or ». Et ça c’est une autre histoire…